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CRITIQUE | Assassin’s Creed

Le saut de l'effroi

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Grâce à une technologie révolutionnaire qui libère la mémoire génétique, Callum Lynch revit les aventures de son ancêtre Aguilar, dans l’Espagne du XVe siècle.  Alors que Callum découvre qu’il est issu d’une mystérieuse société secrète, les Assassins, il va assimiler les compétences dont il aura besoin pour affronter, dans le temps présent, une autre redoutable organisation : l’Ordre des Templiers.

Quand le cinéma se lance dans le pari d’adapter un jeu vidéo, c’est toujours à la fois enthousiasmant mais aussi flippant. Rares sont les adaptations réussies si ce n’est aucune, il suffit de voir

Super MarioStreet FighterMortal KombatDoom ou Resident EvilJ’en passe et des pires. Je serai sympa avec Warcraft, mais ne connaissant pas l’univers du jeu, je ne peux donc juger qu’en novice, et le job était plutôt bien fait.

Assassin’s Creed était lui parfait et voulu par les fans tant l’univers singulier et complexe du jeu semblait conduire tout droit à l’adaptation filmée.

Etant moi-même un fan de la licence, j’étais rassuré lorsqu’Ubisoft a annoncé être aux commandes de la production. J’étais aussi rassuré en apprenant que Fassbender, bien que n’étant pas le choix évident pour le rôle selon moi, allait interpréter un assassin et être aussi aux commandes. Et j’étais totalement rassuré lorsque le réalisateur choisi fut Justin Kurzel, réalisateur des Crimes de Snowtown et du très beau Macbeth, un choix d’autant plus ambitieux pour les studios de prendre un réalisateur habitué au film indépendant.  

Et ajouter à cela un casting quatre étoiles avec Jeremy Irons, Charlotte Rampling, Brendan Gleeson, et Cotillard, Ariane Labed et Denis nochet côté français, tous les ingrédients étaient réunis pour faire une bonne recette.

S’en sont suivis malheureusement des images peu attrayantes de la première bande-annonce ; puis une déclaration du président Ubisoft Europe disant « Nous n’allons pas gagner beaucoup d’argent avec ce film. C’est plus une arme marketing qu’autre chose, puisque cela va bénéficier à l’image de la marque. (…) L’objectif est de faire connaître Assassin’s Creed à encore plus de monde. Nous avons notre noyau dur de fans, mais nous voulons l’élargir à des gens qui pourront peut-être se procurer le prochain jeu grâce au film »…

Et enfin une sortie repoussée encore et encore, ce qui annonce rarement quelque chose de bon, dernier exemple en date du très mauvais Suicide Squad 

C’est donc avec enthousiasme mais également appréhension que j’allais voir un des derniers blockbusters de l’année. L’embargo que je signe à l’entrée avec interdiction de diffuser quoique ce soit sur le film avant la veille de sa sortie ajoute un dernier sentiment négatif avant mon entrée en salle. 

Le film commence sur un plan aérien avec le fameux aigle qu’on retrouve dans le jeu avant chaque saut de la foi qui se dirige vers une sorte de monastère dans lequel les assassins se retrouvent pour « adouber » Aliguar/Fassbender, à travers le credo de leur confrérie. Et là, patatra ! Non seulement tu ne le sais pas encore mais le plan aérien avec l’aigle, tu vas en bouffer parce que c’est dans le jeu et le fan devrait être content, mais en plus l’image tremblante pour donner l’effet de voler et le matte painting sont tout simplement dégueulasses. Mais ce n’est que le début, ne nous arrêtons pas là-dessus, attendons un peu.
On se dirige maintenant dans le présent avec Callum/Fassbender, condamné à mort pour avoir tué un mac (pas l’ordinateur…) puis on le retrouve le lendemain dans un lit chez Abstergo à Madrid.

Pourquoi ? Parce qu’il est le descendant d’Aliguar et qu’Abstergo a besoin de lui pour savoir ce quil a fait de la Pomme d’Eden (et non d’Adam), qui contiendrait le pêché originel, qui permettrait de contrôler la violence chez l’homme. Ca c’est pour la version officielle.

La version officieuse du directeur d’Abstergo, interprété par Jeremy Irons, est que cette pomme (qui ressemble certes à une boule de pétanque mais reste fidèle au jeu) contiendrait le moyen de contrôler le libre arbitre et donc de contrôler l’homme. Mais Callum ne l’entend pas de cette façon et à peine réveillé il tente de s’enfuir avant même de chercher à comprendre, comme s’il savait déjà à qui il avait affaire, dans une séquence une fois de plus ridicule par ses effets de ralentis tandis que Fassbender multiplie les effets de vertiges, suivi par une Cotillard habillée et droite comme un Playmobil.
Finalement, Callum se laissera entrainé dans l’Animus qui n’est plus un simple siège connecté mais un énorme bras articulé auquel est relié Callum par le cou, grâce auquel il peut vivre ses mouvements ancestraux comme dans une partie de jeu vidéo en Virtual Reality, n’en déplaise au fans.

Si le scénario tente d’être proche du jeu quant aux motivations d’Abstergo aka les Templiers et du credo des Assassins, on se demande néanmoins pourquoi ils sont allés inventer une toute nouvelle histoire quand ils auraient pu simplement être plus proche du premier jeu dans lequel Altaïr doit tuer plusieurs personnes afin de faire ses preuves et de se racheter auprès de la confrérie, ce qui aurait été plus intéressant en terme de dichotomie entre Fassbender passé/présent et Templiers/Assassins. Mais pourquoi pas tenter de faire quelque chose de nouveau ?  

Mais si on tente quelque chose de neuf avec quelque chose qui a déjà fait ses preuves, il faut le faire bien. Car en dehors du jeu, le film est-il réussit ? C’est bien là que le bât blesse.

La réalisation manque cruellement de position entre film et jeu vidéo, donnant à limage un aspect brumeux, surexposée comme pour donner un sentiment onirique.

Au final, les effets spéciaux sont bien trop apparents et font penser à un très bon fan-film. De plus, les scènes d’actions sont mal filmées, multipliant les angles et les mouvements, qui les rendent illisibles parfois, et là  les assassins du jeu sont comme des fantômes, invisibles et implacables, se déplaçant de toits en toits et de murs en murs comme s’ils étaient Spider-man, ceux du film se battent comme dans un film de Stallone, à coup de grosses mandales, sans légèreté assassine, galérant à semer des gros lourds malgré leur dextérité visible dans une Espagne sous Inquisition filmée sur fond vert.

Le tout est accompagné par une musique ultra présente et assommante, sans aucune subtilitécomposée par le frère du réalisateur. Pour finir, environ deux tiers du film se passe dans le présent, alors que toute la magie et l’intérêt du jeu repose dans la plongée historique. 

Finalement, c’est lorsque Callum est hanté par ses ancêtres que la mise en scène se trouve la plus inventive, réussissant à leur donner une présence physique tout en leur laissant cet aspect fantomatique.

Je suis donc sorti de la séance en me disant que ce n’est définitivement pas avec les meilleurs ingrédients qu’on fait les meilleures recettes, n’en déplaise à Cyril Lignac 

CASTING : Michael Fassbender,  Marion Cotillard, Jeremy Irons
GENRE : Science Fiction, Action
DURÉE : 116 min
SORTI LE : 21 décembre 2016

 

ASSASSIN'S CREED
Conclusion
Au final, le film nous donne une impression d’une production Besson, pas désagréable à regarder mais tout aussitôt oublié. Le film a déjà été préparé dans l’optique d’en faire une trilogie alors attendons de voir s’ils comprendront et apprendront de leurs erreurs.
2.5
Très Moyen